Mots contraires 1ère partie

 

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IL EST VAIN DE PARLER, DOULOUREUX DE SE TAIRE.

Parler beaucoup de soi au vrai nous dissimule ;
Quand on se sait se taire on ne sait plus parler.
Le silence lui-même autant qu'il se cumule,
À quelque chose à taire et à tout révéler.

Taire ce que l'on sait est parfois de noblesse ;
On parle par besoin, on écoute dans l'art ;
Lorsqu'on veut tout savoir sachons que par sagesse
Il faut aussi le taire, y avoir quelque égard.

Il ne faut parler haut, seulement parler juste ;
On ne craint pas d'agir si l'on sait bien parler.
Si bien dire s'entend, bien faire aussi s'ajuste
À mieux penser à tout, jamais sans s'emballer.

Ne demander aux mots plus qu'ils ne veulent dire ;
Parler avec les mains pour taire certains mots ;
Les mots sont curieux, comment les interdire
S'ils ne savent se taire et causent quelques maux ?

Quand l'amour veut parler la raison doit se taire ;
Pour écouter parler, le coeur tient son serment ;
Il suffit de l'entendre en silence au mystère,
Pour qu'il parle, muet, sans langage, autrement.

Au silence on entend qu'un bruit essentiel ;
On affronte le bruit, on touche le silence ;
Dans l'art de deviner tout est sensoriel,
Ce qui se fait de grand au silence est essence.

 

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DANS LE DERNIER CARRÉ

A trop tourner en rond on fait vite le tour.
Ce sont les gens carrés qui mènent les affaires ;
Adopter le dos rond, ne rien voir alentour,
C’est carrément fâcheux : les yeux ronds, vues précaires.

Faire des ronds dans l’eau ne vaut pas le détour ;
Les épaules carrées sont plutôt nécessaires
Que ronds de jambe qui, pas plus loin qu’à l’entour,
Se carrent à l’abri de causes secondaires.

Chaque mètre carré se défend de pied ferme,
Pour que ça tourne rond et que l’on ne s’enferme
Au cercle vicieux de son mètre carré.

Menons donc rondement, bien carré de logique,
Nos envies, nos désirs en ce rond-point paré
De promesse et de vœux qui deviendra magique
Dans le dernier carré plus riche qu’un seul rond.

 

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SEUL, LE RECUL DU TEMPS…

Tout avance et grandit, car tout est connaissance ;
Mais se croire en avance est autant de retard ;
Nul n’arrête le temps, il a un temps d’avance ;
Prendre quelque recul offre un meilleur départ.

Qui trop se précipite à reculer se hâte ;
Sachons donc reculer pour mieux sauter, parfois ;
Rien n’est gagné d’avance, où se dépêcher flatte
Ceux qui sont tant pressés, et ne font le bon choix.

Avancer dans le flou ou piétiner dans l’ordre,
C’est espérer la berge et n’y trouver qu’un pont ;
Au recul d’un concept c’est soustraire au désordre
Qu’un recul apparent serait premier crampon.

Si savoir reculer pour calculer l’élan,
Nous permet d’avancer en reculant moins vite,
Saisissons cet instant, tout en le modulant,
Puisqu’au recul des jours tout effet s’accrédite.

J’avance dans l’hiver à force de printemps,
Et je me dis que seul est bien perdu d’avance
Un combat non livré si, jamais, entre-temps,
Tout ne devient distinct, sans un peu d’exigence.

Si reculer d’un pas fait avancer l’idée,
Pour garder la distance et combler le retard,
Rien n’est gagné d’avance, et seule est accordée
A l’initiative une assise au rempart.

 

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RIEN N’EST PRÈS, RIEN N’EST LOIN

Poème didactique

Faut-il aller plus loin cueillir un nulle part,
Quand se suivent de près nos désirs, nos attentes ?
La vérité apprise est de loin un rempart ;
La vérité vécue, de plus près : ses charpentes.

Il faut scruter de près pour connaître les choses ;
Pour vraiment les aimer, observons-les de loin.
À quelque détails près, chacune à bien ses causes,
Et pour aller plus loin, cela vaut quelque soin.

« Qui veut voyager loin, ménage sa monture »,
Disait monsieur Racine, en ses discernements…
Rien n’est près, rien n’est loin, seule la conjoncture,
Quand tout est volonté, garde ses fondements.

Si l’habit est trop loin que pour faire le moine,
Par orgueil, bien souvent, de près il se défait,
Seul, le possible en soi, – et s’il demeure idoine,
Peut nous conduire loin, assez près d’un bienfait*.

Soyons près du bonheur, loin du renoncement ;
Analysons de près, tôt les problématiques ;
Le possible est en soi et, généralement,
Pas loin du nécessaire en ses vues heuristiques.**

* Dans le sens d’avantage.
** Selon la Doctrine de Pythagore.

 

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LA VÉRITÉ ET L’ILLUSION

L’illusion, on sait, est la prime apparence
De ce que l’on perçoit comme une vérité ;
La vérité n’est-elle autant cette évidence,
Accident de l’erreur dans l’opportunité ?

On croit la détenir, on croit aussi la dire…
Penser pouvoir vivre sans nos illusions,
C’est comme regarder – désirer se séduire,
Aux travers d’un miroir sans reflet : visions !

Créons l’illusion qui nous est nécessaire ;
L’homme ne se suffit au seuil des vérités,
Mais se fie au bien dit et, pour se satisfaire,
Des réponses données pour ses commodités.

Mensonge et vérité ne sont pas loin de l’autre,
Signant un armistice où chacun s’y confond…
Pour faire illusion faisons la cause nôtre
Pour vivre simplement si l’âme se morfond.

Tant que le cœur conserve un heureux souvenir,
L’esprit peut maintenir aussi l’illusion ;
La vérité cherchée ne peut tout contenir,
Et plus rassurante est l’utile illusion.

Si l’effet tient souvent du parti de la cause,
L’illusion s’intègre à la réalité ;
La pire illusion serait que l’on s’expose
A n’y croire et tout perdre en culpabilité.

Les apparences sont parfois plus savoureuses
Que le réel trompeur de nos réalités.
En vérité, vous dis-je, et bien que racoleuses,
Ce qu’on gagne peut-être en crédibilités,

Ne vaut pas ce qu’on perd de nos illusions.
Sachons donc mesurer la vérité apprise
Au parcours conduisant à des confusions :
La vérité vécue, seule, s’idéalise.

Savoir se rendre heureux grâce à l’illusion,
Est moins désespérant que la réalité ;
Sans nos illusions finie l’occasion
De conserver en nous cette capacité

Où du meilleur le rêve en « Magie » se condense,
Et maintient malgré nous l’image de l’enfance.

 

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L'ÂME

Avoir le vague à l'âme est un flou hésitant ;
L'oisiveté conduit à l'inertie de l'âme,
Lourde d'incertitude et souvent exploitant
Notre indécision, quand l'apathie se pâme.

Si l'âme est bouclier, le corps est son armure ;
Dans l'intime du corps l'âme devient palais ;
Soyons les médecins pour que l'esprit conjure
L'embarras par un franc et bon coup de balai.

Les sens peuvent guérir notre âme de l'excès,
Et délivrer le coeur afin qu'il ne fléchisse,
Sans y perdre notre âme, et aidant au succès.
De cet abri divin consultons la notice :

L'instinct va son chemin quand fleurit l'harmonie.
Garder l'âme sereine, être libre d'esprit,
C'est bien la volonté – si douce litanie,
Que l'hygiène de l'âme, en soi, n'a pas de prix.

La mettre aussi à nue permet de l'élever ;
La beauté plaît aux yeux quand l'âme y met son charme ;
Sans aucun idéal, peut-on encor rêver ?
Courir après son âme exagère la larme.

 

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LE TEMPS N'ATTEND...

Qui a le temps attend et au temps perd son temps ;
Le temps tisse nos jours, les défait par nature.
On tue le temps, le temps nous tue si, d'aventure,
Tant qu'à faire on attend trop longtemps, entre-temps.

Si ceci sous-entend que le temps nous attend,
Bien tentant – si tant est que la caricature
Donne l'illusion, sous-tend notre stature,
De pouvoir l'affronter... Rien n'est sûr pour autant.

Sous le pouvoir du temps notre vie s'abandonne ;
À plein temps, temps réel, le temps n'attend mais donne
De l'argent sur la tempe, y volant nos printemps.

Le temps pense le rêve, au rêve n'est qu'image,
Et que de temps perdu à y gagner du temps...
Si pourtant le temps presse, épeurons* son outrage.

* Craindre

 

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À COURT TERME

Pour n’être pris de court à plus ou moins long terme,
Quand on court, hasardeux, au danger du parcours,
Tout au long d’un projet qui pourrait sembler court,
Un long raisonnement concours quand l’idée germe.

Si au cours de la vie on court et l’on s’enferme
Dans un long processus où notre pensée court,
Espérant que nos vœux y vont suivre leur cours,
Cela en dit bien long, malgré qu’on y croit ferme.

Tout délai paraît long qui diffère la joie ;
Trop souvent nous donnons libre cours à la voie
Qui consiste à aller au chemin le plus court.

Mais l’on court à l’erreur, et, dans la vaine attente,
Tout pourrait basculer, bien vite tourner court,
Au long cours d'un concept privé de compétence.

 

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LA NUIT PORTE CONSEIL

La nuit porte conseil : proverbe au goût du jour…
Au milieu de la nuit un éclair de pensée
Peut jaillir au grand jour, en fixer le contour.
Nous devrons donc veiller à l’idée esquissée,

Même s’il est minuit, agir comme en plein jour ;
C’est le plus sûr moyen, si la chose est sensée,
De demeurer à jour pour écrire au séjour
Le fruit né de l’esprit, en lui disant « bonjour ! »

Si la nuit l’ennui nuit tandis qu’on se réveille,
Sous un jour favorable osons qu’elle conseille
Que nuit seule fait foi, qu’un jour ne suffit pas.

Chacune de nos nuits sera un jour de fête,
Parce qu’un jour où l’autre, à faire les cent pas,
La nuit éclairera d’un jour nouveau la quête

De croire en la lumière au milieu de la nuit.

 

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LES HAUTS ET LES BAS

Puisqu’il y a des hauts, on rencontre des bas ;
Pour ne tomber de haut, tout en bas de l’échelle,
Dans nos plus hauts désirs prenons donc pour modèle,
Afin de nous trouver, un jour, en contrebas,

Le bon sens isolant branle-bas de combat.
Ni plus haut, ni plus bas, ni trop d’excès de zèle,
C’est là que le bât blesse, hautement interpelle,
Ne volant pas très haut, devenant faux débat.

Qui pense tout haut deux fois pense, ainsi évite
Calculs de bas niveau commis à la va-vite ;
Esclave au bas de gamme et y restant captif.

Risquer le haut-le-cœur, jetant bas la visée,
Ne serait un haut fait dans le rétrospectif ;
Je le dis haut et fort : à bas vaine visée !

 

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À PRENDRE OU À LAISSER

Pour aller de l’avant, prenons donc du recul !
Il faut prendre son temps dans les calculs à prendre ;
Apprendre à réfléchir sans se laisser surprendre.
N’en prendre conscience, à tout prendre est bien nul,

Car un laisser-aller ne serait qu’un cumul
D’erreurs pour prendre part, autant qu’à s’y méprendre,
A se laisser gagner, sans pouvoir s’en défendre,
Et prendre au laisser-faire un bien mauvais calcul.

Il faut prendre assez tôt les bonnes habitudes ;
Laisser parler son cœur, loin des incertitudes ;
Ne prendre ses désirs pour des réalités.

Si se laisser aller à tenter bien des pièges :
À prendre ou à laisser sont nos capacités.
Prenons soin du détail, mais laissons aux stratèges

Les hasards qui, parfois, sont des laisser-passer.

 

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MENSONGE ET VÉRITÉ

Tous les songes, dit-on, ne sont que des mensonges ;
À vérité ténue, mensonge est exaltant ;
On l’arrange, on le tord comme avec des éponges,
Selon la forme au plan que chacun en attend.

Dire la vérité, parfois, nous est pénible,
Car trop apparentée aux mensonges d’autrui ;
L’accent de vérité au mensonge est faillible,
Et l’un qui se construit par l’autre se détruit.

Si nous avons besoin du voile du mensonge,
L’exagération tue toute vérité ;
Le risque devient grand, et sa charge nous plonge
Dans un imbroglio plus ou moins agité.

D’une vérité moindre on passe à la plus grande,
Et le vrai faux mensonge, signe de vérité,
Paraît plus vertueux, au point qu’on s’en défende,
Puisqu’un mensonge imite avec fidélité.

Le mensonge des uns aux mensonges des autres,
Devient un antidote et sert les intérêts ;
Chacun y joue son jeu, au fard des bons apôtres,
Une main sur le cœur et les yeux guillerets.

Car si la vérité en chacun peut attendre,
Le mensonge, lui seul, est bien souvent pressé ;
Mensonge et vérité ont du choix à revendre :
Tous deux ont leurs atouts, chacun bien exercé.

Tel une vérité qui se trompe de date,
Un mensonge n’est plus quand il a réussi ;
Cela tiendra beaucoup si l’on est diplomate,
Sans retenue, alors, on lui dira « merci ».

Rien ne sert de mentir sans l’éclat du mensonge ;
Toute pensée qui dure est contradiction ;
Toute sincérité qui se crie, se prolonge,
N’est à percevoir comme acceptation.

La fausse modestie décence du mensonge,
Est à la vérité un leurre bien pensant ;
Si certains s’y appuient sans remord qui les ronge,
Peut-être ont-ils raison ; Est-ce réjouissant ?

Mensonge et vérité sont au terme des choses ;
Le temps use l’erreur, polit la vérité ;*
Se déchirer l’esprit vaudrait bien des psychoses,
À qui voudrait trancher, s’en croyant mandaté.

Toute vérité trompe aussi bien que l’erreur
Où le poids du mensonge, et qu’elle s’autorise ;
Méfions-nous du brave autant que du hâbleur,
Les mots de vérité n’ont aucune expertise.

*Distique du Duc de Lévis.

 

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BIEN FOL EST QUI S’Y FIE.

« La raison du plus fort est toujours la meilleure » ;
Que doit-on penser de la folie des grandeurs,
Si, plus que de raison, la raison d’être est leurre,
Et qu’un brin de folie nous accorde faveurs ?

A tord ou à raison, de folie raisonnable
On en perd la raison en raison d’y penser ;
Où finit la folie, souvent peu soupçonnable,
Quand entendre raison est fou pour renoncer ?

A raisonner ainsi, bien fol est qui s’y fie ;
Sur un coup de folie, aussi bénin soit-il,
Aux raisons d’espérer cette folie défie
Non raisonnablement d’un projet le profil.

Y aurait-il du bon dans la folie humaine,
Quand la saine raison follement y souscrit,
Et, plus que de raison y voit là une aubaine,
Que de raison garder on cède, on en souffrit.

 

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C’EST BON POUR LE MORAL…

Les bons échouent souvent quand vainquent les mauvais,
Pour la bonne raison que d’un mauvais usage,
La bonne intuition les seconds, encourage,
Et que d’un mauvais choix les premiers sont défaits.

Un bon tuyau acquis contre un mauvais calcul
Est la bonne surprise, et la mauvaise mine
Fera bonne mesure au destin qui chagrine,
Contre les mauvais coups, si l’on prend du recul.

Au bon moment savoir sortir d’un mauvais pas :
Voilà la bonne affaire, aidant de bonne grâce
Dans ce mauvais climat au rebond dans l’impasse ;
C’est bon pour le moral : le mauvais sang s’en va.

Tenir bon c’est contrer un mauvais résultat,
Et, si un mauvais jour un seul bon signe arrive,
En ce mauvais moment il est bon qu’au qui-vive,
Notre bonne conduite au bon sens prenne pas.

Ce qui est beau et bon est les deux à la fois ;
A quoi bon si parfois on la « trouve mauvaise »,
Faire un mauvais procès, tout de bon qui nous pèse,
Quand même en bon perdant on sait garder sa foi.

 

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UN PETIT RIEN POUR UN GRAND BÉNÉFICE

Si l’on réussit mieux un petit bien souvent
Qu’à vouloir tout en grand, et dans la convoitise,
Rien ne paraît plus grand, – mais aussi motivant –,
Qu’une petite affaire et nue de vantardise.

D’une petite idée peut naître un avantage ;
Mais si l’on voit trop grand, peu à peu on s’enlise ;
A ce petit jeu là un grand abattement
Met, petit à petit, le doute à ce qu’on vise.

Rien n’est jamais trop grand quand tout parait petit ;
Se sentir grand partout est petit par nature ;
La folie des grandeurs en rien ne garantit
Qu’un petit coup de pouce y mettra la pointure.

Un grand bien nous grandit : petit bonheur suprême !
Avoir un grand souci : adieu petit bonheur !
Un simple petit pas sera moins grand problème,
Et, dans un grand défi, au reste : prometteur.

Tous nos petits tracas, visant un grand projet,
Si l’on sait l’aborder, mettre un petit peu d’ordre,
Se feront tout petits, n’étant plus le sujet,
Grand en sera l’acquis, plus petit le désordre.

 

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Date de dernière mise à jour : 2017-10-20 19:12:41

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