L'alexandrin (Ses racines, ses règles)

 

L’ALEXANDRIN (racines et règles)

 

On appelle ainsi le vers de douze syllabes (ou encore l'hexamètre, son équivalent). Si l'hexamètre fait six mesures l'alexandrin n'en fait que rarement six : il est constitué souvent de quatre mesure, même trois parfois. Il s'agit du seul vers français dont le nom n'est pas fondé sur sa quantité syllabique. Il date du début du XIIe siècle, et tient son nom du "Roman d'Alexandre", commencé par Lambert le Tort et terminé par Alexandre de Bernay. Son nom ne lui a été donné qu'au XVe siècle. Au XIIIe siècle, il est utilisé dans les "épopées hagiographiques", les "discours majestueux", les "chansons de geste remaniées". Il est aussi appelé le "vers héroïque" puisqu'il est le vers par excellence de l'épopée, de la tragédie, du poème didactique et du sonnet. Puis, il tombe dans l'oubli à peu près total. Il ne reparaît vraiment que dans la moitié du XVIe siècle, puisqu'en 1548, dans son "Art Poétique français", Thomas Sébillet remarque, le comparant à l'octosyllabe et au décasyllabe ses deux caractères principaux :

1°) La continuité de l'expression figurée ;
2°) La coexistence systématiquement maintenue d'un double sens, littéral et symbolique.

L'alexandrin étant un vers long, il admet une pause particulièrement marquée en son milieu, après le sixième pied ; cette coupe principale du vers est nommée "césure". Les deux parties égales de six pieds qu'elle délimite sont appelées "hémistiches" (demi-vers). La césure, à son origine, et encore au XIXe siècle, correspond au point le plus haut de la déclamation, suivie d'une légère pause avant que la voix ne décroisse.

- Vous-même rougiriez de ma lâche conduite. (Bérénice).

La sixième syllabe étant toujours accentuée, ne peut être muette dans la règle classique ; la septième non plus, ne peut être en –e atone final à cause de l'interdiction de la césure enjambante. La "césure épique" (ainsi nommée parce qu'elle était fréquente dans l'épopée) permettait de ne pas compter une finale en "e" muet à l'hémistiche, considérée comme équivalant à une fin de vers. François Villon peut encore écrire, "Les contrediz de Franc Gontier":

- À son costé gisant dame Sidoine
Blanche, tendre, polie et atteintée…

Le deuxième vers serait faux si on n'élidait pas le "e" muet final de "tendre".

C'est Clément Marot (1496 – 1544) qui, suivant sans doute les conseils de Jean Lemaire de Belges (1473 – 1548 ), fit une règle de s'interdire la présence du "e" muet non compté dans la césure. Son exemple a ensuite fait école. La césure épique ne reparaîtra que dans la versification "libérée" de la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle :

- "Aux cris d'une sirène // moderne sans époux". (Guillaume Apollinaire. "L'Emigrant de Landor Road. Alcools. 1913.)

Le choix de l'alexandrin peut surprendre au début de ce XXIe siècle, après qu'Hugo ait "disloqué ce grand niais d'alexandrin." Mais le double choix de ce mètre et du sonnet relève d'une réaction à la poésie du siècle, aux innovations hugoliennes notamment (réaction que Baudelaire et les poètes parnassiens ont initié au milieu du XIXe siècle.) L'alexandrin a sans doute souffert d'être transformé en mécanique verbale, pivotant sur le tourniquet de la césure. La "crise des vers" que dénonce Mallarmé en 1886, tenait, selon lui, à l'épuisement de l'alexandrin, resserré dans le "mécanisme rigide et puéril de sa mesure", bloqué par son "compteur factice."

Gilles Sorgel, dans son " Traité de prosodie classique à l'usage des classique et des dissidents" la écrit : - Les règles ne sont pas des barrières, ce sont des rampes souples qui nous guident vers la perfection".

L'alexandrin à encore de beaux jours devant lui. Il est la pièce maîtresse de la poésie et compte de nombreux adeptes qui perpétuent ce diamant légué par nos illustres prédécesseurs.

Marcel Chabot, y fait référence en écrivant : "Les vers classiques sont les gammes des poètes".

Bien avant lui, Gautier avait écrit :

- "Les Dieux eux-mêmes meurent ;
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus fort que des airains".

© André Laugier. 2005. Reproduction interdite sans accord préalable de son Auteur.

 

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Date de dernière mise à jour : 2012-06-23 09:13:55

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