Sonnets 4ème partie

 

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DANS LE BERCEAU DE L’AUBE

La nature se vêt aux couleurs de l’automne,
En ce mois de septembre au soleil généreux ;
Les royales splendeurs dans le bois langoureux
Invitent le regard, quand l’esprit s’abandonne.

Les chemins forestiers auxquels je m’environne
Sous les épicéas : déférent, amoureux,
M’offrent l’endroit superbe, enivrant, savoureux.
Un message de paix : un chant d'amour fredonne.

Et jusqu’au Pont d’Espagne, au Gave du Jeret,
Je m’engage, serein, en parcourant l’adret
Pour découvrir, plus haut, l’imposant lac de Gaube.

Que d’orgueilleux glaciers s’érigent vers le ciel,
Découpant leurs contours dans le berceau de l’aube !
La fraîcheur du matin est attrait sensoriel…


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IMPRESSIONNISME PYRÉNÉEN

Ce matin mon regard découvrit, grandiose,
Tous les charmes discrets du beau Val de Lutour ;
Et je goûte aux instants la douce symbiose
Qui unit mon ego au champêtre alentour.

Admirateur conquis au décor, à la cause
D’un site consacré, où le lever du jour
M’offre, aux reflets des lacs, quand le soleil s’impose,
Les monts avoisinants qui mirent leur pourtour .

Se laissant deviner, au loin, le Vignemale
Dresse son haut sommet, quand l’espèce animale :
Isards, vautours font corps à l’environnement.

Quand les rivières chantent en la Nature fière,
Que le parfum des bois devient rayonnement,
Je vais vers nulle part en terre familière.


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L'ÉDEN DES PYRÉNÉES.

Le temps s'est arrêté aux portes de l'ivresse,
En ce moment précis, grandiose en mon coeur,
Où le regard pétri de charme et de couleur
Découvre les grands lacs, les torrents : leur noblesse.

Sites majestueux de forêts où ne cesse
Le dépaysement qui m'invite : enchanteur.
Cirques monumentaux et cascades, en choeur,
Murmurent l'agrément mythique et la promesse

D'offrir cette magie née d'atours séculiers...
Un océan d'amour : balcons hospitaliers,
Et que Victor Hugo célébra en la rime.

Éden des Pyrénées, Cauterets griffe au temps
Comme un soupir de paix que le lieu légitime :
La nature, lyrique, y chante à quatre temps.


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MA PROVENCE

Mourons et séneçons généreux, éphémères,
Fréquentés au printemps par les chardonnerets,
Disputent dans les champs, au gazon et bruyères,
Le gîte des oiseaux qui trillent aux adrets.

Les coteaux broussailleux où trônent, centenaires,
Des massifs d'oliviers tout près de vieux murets,
Ont la rugueuse écorce, et sont les partenaires
Qui portent haut le front un sol aux nards discrets.

J'aperçois quelques pies dans l'or chaud du couchant,
Qui valsent aux écots d'un chêne en contrechamp,
Et s'agitent, madrées, d'attitudes baroques.

Dans la pourpre du soir qui délivre tantôt
Le velouté exquis des ombres équivoques,
Les parfums, vers le ciel, vont comme un bel canto.


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FANTASME

Aux appels apaisants de la harpe d'Orphée,
Versant des pleurs amers sur une vie d'exil,
Un poète attendri admirait le profil
D'une image rêvée, à peu près triomphée...

Chimère se mirant au bord de la nymphée :
Impalpable présence - ou spectre puéril, -
Fantasme de l'esprit, facétieux, subtil,
Ou ange gardien dont la chair est coiffée ?

L'âge arrivait tantôt et prélevait son dû,
Révélant au regard du chantre détendu,
Une réalité caressant sa mémoire.

Il savait, désormais, que le Temps, suspendu,
L'embrassait aux deux joues, et avait répondu
À l'appel de ses sens : souriante victoire...


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MAI DU POÈTE

Tandis que dans les haies, de leurs ailes légères,
S'enfuient discrètement les nombreux passereaux,
Dans les ocres du soir les bandes bocagères
Consument la clarté des milieux pastoraux.

En cette fin de jour les senteurs messagères,
Dans la plainte du vent, drainent leurs chants floraux,
Et la douce beauté dispense aux primevères
Les derniers rayons d'or leur servant de fourreaux.

Le jardin de mon cœur s'habille du bouquet
Qui fleurit mes pensées, et l'invite au banquet
Des couleurs du printemps qu'un mois de mai escorte.

Silencieusement, je soumets mon regard
À l'ivresse immobile, à l'horizon accorte,
Puis j'entends l'angélus : qu'importe qu'il soit tard…


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EUPHONIE CHAMPÊTRE

Pommeraies et bosquets, riches terres propices,
Brodant leurs éclats d'or au soleil rutilant ;
Répandant l'effluence, en cet instant galant,
Où se mêlent les chants des mésanges complices.

Dans les yeuses, tout près, j'observe les caprices

De pies qui, folâtrant, au rameau ondulant,
Se perdent aux feuillées, et dont l'œil vigilant
Remarque ma présence avec quelques malices.

Plus loin, dans le cours d'eau sur un iscle* effilé,
Près d'une diaclase au rocher dentelé,
D'un vert phosphorescent la fougère festonne.

J'attarde mon regard quand ma pensée séduit
Mon cœur qui s'approprie, au matin qui frissonne,
Ces parfums, ces refrains où mes pas m'ont conduit.

*Iscle : petit banc de sable au milieu d'un cours d'eau.


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REGRETS

Mes vers sont décalés, souffrant au romantisme,
Et mes ambitions languissent au regret
D'une plume exilée qui, dans l'élan secret,
Brode la nostalgie, y chante l'onirisme.

Poète stoïcien, sensible au rigorisme,
J'offre l'émotion de la rime, discret ;
Je caresse au sonnet la rigueur du concret,
Enveloppe mes mots nourris de classicisme.

Que n'ai-je point vécu, échappé du présent,
Me glissant au bonheur du quatrain séduisant
En ce siècle élégant de pensée souveraine ?

La rime me poursuit, dictée d'un autre temps ;
J'entends d'étranges voix d'une époque lointaine :
Des poètes, sans doute, au soutien persistant.


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AUTRUI

Je supporte aisément un tout autre moi-même,
Ressemblant, différent, et je tends à Autrui
Une main, un regard que la bonté construit,
Et qui nimbe mon coeur d'une grâce suprême.

Je voue à l'empathie le prix d'un diadème
Qui coifferait, probant, mon front ainsi instruit
De l'écho du prochain, authentique usufruit
D'une complicité dont l'amour est l'emblème.

Je sème un dévolu au bouquet de mon coeur
Qu'aucune ingratitude, et que nulle rancoeur,
Ne brisent la lumière au soleil du bien-être.

Sur l'océan d'amour qui nimbe galamment
Et rythme le foyer de l'instant qui va naître,
Autrui m'invente à lui, et moi de mêmement.


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AUX RAISONS D'UN AVEU…

Aux corolles d'amour j'offre un pistil de rose ;
Le baiser de mon cœur paré, éperdument,
Du reflet séducteur né de la belle osmose
Entre un dessein charnel et le pur sentiment.

Ma passion ne souffre où mon âme compose :
Se marie, sans détour, et sans déguisement,
Aux raisons d'un aveu qui fleurit, grandiose,
Et dont le mot Désir y chante obstinément.

Le hasard souverain, en sa bénignité,
M'a accordé le fruit de sa complicité :
J'en cueille mon destin comme tendre caresse.

Sur l'horloge du Temps griffée d'éclat divin,
S'égrainent mon passé, mon présent, mon ivresse :
Le futur m'appartient ; galant il me convainc.


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HARMONIE D'ALTITUDE

J'ai marché bien longtemps sur des sentiers notoires,
Gravissant à l'adret des grands cols rocailleux,
Quand le vent de l'aurore enveloppe, orgueilleux,
De ses doigts vaporeux ces vastes territoires.

Flamboyantes couleurs, mais toujours transitoires,
Dont s'arme, au jour naissant, un sommet périlleux,
Je pèse mon ardeur - ô flambeau merveilleux -
Qui me guide, là-haut, en efforts méritoires.

Un cumulus laiteux moutonne et se soustrait
À mon regard saisi par l'éphémère attrait
Du voile fugitif couronnant un grand dôme.

Poésie, solitude au palais des splendeurs,
Coiffant d'un halo bleu l'horizon qui consomme
Au mythe des sommets mes élans bien frondeurs.


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ROSE, FLEUR D'AMOUR

Ô rose, fleur d'amour qui traverse les âges,
Témoin intemporel de tous les amoureux ;
Poétique ornement, d'effluves chaleureux
Tu parfumes les coeurs et nos pensées volages.

Tes pétales fardés de nuances aux treillages,
Sont les échos muets des moments savoureux ;
Tandis que le silence, aux destins vaporeux,
Donne un air favori aux balcons des cottages.

Et sous le masque auburn de l'arrière-saison,
Les passereaux, déjà, sentent l'effeuillaison
Dont l'invisible charme inondera la terre.

Fidèle à ta beauté, dont l'éclat de carmin
A séduit le poète en son cœur solitaire :
Que cette fin d'été est gracieux chemin.


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DÈS LA POINTE DU JOUR.

Caressée par les doigts couleur rose de l'aube,
Et sculptée par la mer aux plinthes du rocher,
La calanque escarpée que les eaux vont lécher,
Dispense avec orgueil la magie qui l'enrobe.

Une barque légère à mes yeux se dérobe,
Glissant sur l'onde pure, et semblant chevaucher
Les flots d'un bleu saphir où viennent se cacher
Quelques oiseaux du large et que l'azur englobe.

Silencieusement, sur le cristal des eaux
Des paillettes d'argent s'agitent en rondeaux
Et se prêtent au jeu des reflets de lumière ;

Le hasard souverain, complice du matin,
Comme une main tendue, étrange et familière,
M'étreint, guide mes pas offerts aux plants de thym.


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L'HIPPOCRÈNE

Autour de l'Hippocrène où s'attarde la Muse,
Il est comme un parfum qui exalte, divin,
Une effluence rare, échappée du bassin
Quand Clio apparaît, silhouette diffuse.

Vis-je un rêve éveillé que la raison abuse,
Me prêtant des pouvoirs dont mon cœur se convainc ;
Je ne suis que poète et serais-je chauvin
Des promptes visions dont je crois et m'abuse ?

J'ai hasardé ma vie aux remparts d'Hélicon
Où mes mots explétifs – mais vivants – au balcon
D'une plume nourrie de l'onirique fronde,

Sont la sujétion de quatrains tourmentés…
Et devant la fontaine où mon âme s'inonde
Disparaissent, soudain, rêves et déités.

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Date de dernière mise à jour : 2012-06-25 12:39:35

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