Sonnets 6ème partie

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LUMIÈRE

J’ai respiré l’odeur d’étranges crépuscules,
Vêtus d’un sanglot d’or que la Muse a versé,
A l’Autel de la Lyre où le génie dressé
Des âmes du passé tient conciliabules.

J’ai entendu l’espoir de vers en leurs clausules
Venant de nulle part, qui m’ont bouleversé,
Dans les voix éthérées à l’accent distancé,
Dont les noms sont inscrits en lettres majuscules.

Etrange impression d’un insolite lieu,
Quand mon credo latent se corrèle au milieu
De ces tristes soupirs venus du fond des âges.

L’Intemporel étend son voile fugitif,
Où s’exprime un passé portant les héritages
De poètes en deuil d’un Art rétrospectif.
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L’ORGUEIL DE LA SAISON

Quand la moisson du vent engrange mille fanes
Pour déposer, soyeux, sur l’humus automnal,
Un tapis dense, ambré, au bois domanial,
Lumières et couleurs s’ourlent en filigranes.

Et tel un violon révélant ses arcanes,
Dans d’agrestes accents – mystique récital,
L’insondable ramure, en l’air frais matinal,
Révèle des échos d’harmonies courtisanes.

Je laisse mes regards galantiser mon coeur,
Tandis qu’au firmament, comme en apesanteur,
Deux aigles bonelli planent près des falaises.

Je porte sur mon front l’orgueil de la saison,
Promis aux vénustés lustrées aveyronnaises,
Paysages de paix nimbant mon horizon.
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AU SEUIL DU CRÉPUSCULE

J’ai laissé mes regards en jachère à mon âme,
Discrètement, j’écoute un chant plaisant d’oiseau
Qui s’échappe des haies entourant le closeau,
Tandis qu’au firmament, déjà, le jour s’entame.

Dans le mauve lointain dont le bois se réclame,
L’air s’avère conquis d’un sourd(1) arioso,
Aux gammes de vapeur, suave intermezzo,
Historiant(2) les sens d’un bienfaisant dictame(3).

Les arbres transpirant leurs gouttes de résine
Sous un dernier rayon du soleil qui décline,
S’offrent en solitude au soir silencieux.

Et, dans la tiède haleine au seuil du crépuscule,
Quand formes et couleurs rendent hommage aux cieux,
Dans la félicité, tout se fait majuscule.

(1) – Secret, occulte.
(2) – Ornant
(3) – Apaisement
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VALENSOLE

Au lumineux matin, dans les champs de lavande,
Quand sous l’air chaud ondoient leurs massifs parfumés,
L’atmosphère s’embaume aux bouquets essaimés
Parcourant le plateau d’harmonies, en offrande.

Et, sous le souffle tiède où ma vue appréhende
La palpable beauté des pigments affirmés,
S’enfuient au bleu du ciel deux perdreaux alarmés,
Surpris par ma présence et volant vers la lande.

Dans le silence heureux, pastoral, lénitif,
Ô mon âme je songe, et mon coeur émotif,
Comme une litanie, chante une fervente ode.

Les abeilles, déjà, butinent le pollen
Sur les grappes de fleurs ; leur capiteux exode
Honorant les beaux jours en l’éther cristallin.
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EN D’ULTIMES REFLETS

Dans les vapeurs du soir qui surplombent les crêtes,
Au rayon de soleil égaré, fugitif,
Lorsque le ciel consume et chasse en ses retraites
Les derniers traits du jour, tout devient intuitif.

Sur les sommets dorés, dans les failles discrètes,
D’indolents bouquetins suivent dans l’instinctif,
Des raidillons abrupts vers leurs bauges secrètes,
Pour y passer la nuit, l’œil toujours attentif.

Plus bas, dans la vallée, les rameaux mordorés
De l’intense feuillées, sous les vents murmurés,
Se nimbent aux pastels des prémices d’automne.

L’horizon rougeoyant darde ses yeux brandons
Sur les contours craintifs de l’herbe qui frissonne,
En d’ultimes reflets devenant moribonds.
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L’ARCHET DE MON BONHEUR

Les jardins parfumés de senteurs vagabondes
Sèment leur doux encens aux effluves de miel,
Dans le sein nourricier des glèbes bien fécondes,
Dont la Provence en fleur à les grâces du ciel.

Pagnol, Mistral, Giono, chacun en leurs facondes,
Ont figuré l’histoire et l’existentiel
D’une vie, d’un folklore où les valeurs profondes
S’enracinent au creux du providentiel.

Quand, sous le soleil d’or, dans les pins la cigale
Stridule caressée de chaleur triomphale,
Le firmament frémit au rythme de leurs chants.

Et, dans ce lit d’amour, solennel, où la pierre
Muguette avec le thym dans les bois, dans les champs,
L’archet de mon bonheur orchestre la lumière.
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LES 3 LACS

La beauté, l'harmonie nées d'un tel paysage
Où, à perte de vue, les buissons d'aunes verts
Couvrent l'immensité, prophétisent mes vers,
Près d'un col fascinant de nature sauvage.

Je goûte à son aura, et prise l'avantage
De petits ruisselets circulant recouverts
D'algues aquatiques et de bryons divers,
Dont l'eau pure, plus bas, ouvrage un marécage.

Des sentiers escarpés, ô combien exaltants,
Depuis le Plan Lachat vers les points culminants,
Aux trois lacs vont guider ma course montagnarde.

Le regard sensuel, fervent des hauts sommets,
La barre des Écrins, parure savoyarde,
Semble me défier : humble je me soumets,

Tandis que mon parcours prend des chemins plus sages...
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SOUVENIRS DES ALPES

Près des pics tutoyant le ciel et les nuages,
Le soir, au jour tombant, le soleil vacillant,
Un parfum pénétrant exhale, bienveillant,
Les arômes subtils venus des hauts alpages.

Il pleut de la douceur, il se peint des images :
Discrète symphonie quand l’azur rougeoyant
Emprisonne d’amour l’herbe rare ondoyant,
Qu’un foehn atténué caresse sans ambages.

L’ombre du crépuscule étrécit le layon
Qui trace un long ruban, tel un trait de crayon,
S’estompe et puis se perd dans la gorge profonde.

Quand sombre en un soupir l’immense opacité
Sur les aspres* fleuries, la lune vagabonde
Semble déifier l’alpin sublimité.

* Mamelons caillouteux adossés à flancs de montagne.
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PÉNOMBRE

La pénombre sylvestre endosse un velours noir
Sous le zéphyr câlin qui lèche la ramure ;
Les crêtes découpées bleuissent leur parure
De calcaire urgonien, longiligne miroir.

La couleur du couchant dans la douceur du soir
S’enveloppe de rêve et d’agreste peinture,
Tandis qu’en l’épinaie me parvient le murmure
D’un ruisseau familier qui se laisse entrevoir.

Mon âme est dans la joie, galante de sourire ;
La nature s’endort quand la vêprée soupire,
Que l’horizon se grise aux parfums de la nuit.

Parfois, un chant d’oiseau vient saisir le silence ;
Ramage délicat que j’écoute, séduit,
À l’instant où la lune au ciel fait allégeance.
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ENTRE MER ET MASSIFS

L’aurore, dans l’or clair qui délie la colline
Des ombres déguisant quelques épais maquis,
Colporte la tiédeur, membrane cristalline,
Infiltrant ses bienfaits, au petit jour conquis.

Le bois se réjouit, et une odeur saline
Répand obligeamment l’essence de l’exquis,
Tandis qu’à l’horizon, quand la lune décline,
Les goélands tournoient au firmament acquis.

Les calanques, autour, cisèlent leurs dentelles
En un cortège heurté, aux bas-reliefs rebelles,
Charpartant les massifs de Marseille à Cassis.

Dans un ciel rose encor, aux couleurs sans pareilles,
Le printemps a chassé de l’hiver les soucis,
Et les chants de la mer courtisent mes oreilles.
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UN LITURGIQUE ENCENS…

Le soir, au boqueteau, quand le ciel s’angélise,
Que les ombres se noient sous les rameaux épais,
Me parvient du hameau le timbre de l’église,
Dont la sylve alanguit l’écho aux tons de paix.

Toute source de vie se spiritualise ;
Ô ! quel muet bonheur dont mon cœur, sans délais,
Effeuille l’harmonie quand le regard s’enlise
Aux sous-bois dont l’humus se peint de violets.

Un zéphyr me surprend, vient caresser mon front,
Et se perd à l’entour, tel une litanie :
Complainte vaporeuse où le temps se confond.

Un liturgique encens dispense au pastoral,
Parfums de mille fleurs qui, de leur colonie,
S’endorment apaisées aux dons* du vespéral.

* Dans le sens de « bienfaits .
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LA MÉLODIE DES BOIS

J’ai laissé mes regards en jachère à mon âme,
En ces enchantements tissés au fil du temps,
Pour mieux appréhender le sensible chantant
La mélodie des bois, dont mon âme se pâme.

Sentiers évanescents que la nature acclame
Sous un épais feuillage au silence envoûtant,
Lorsque, le soir venu, la pénombre s’étend
Et dispense aux contours un décor qui l’enflamme.

Dérobée aux ardeurs des moments incertains
Qu consignent le rêve en philtres clandestins,
Une source devient miroir du clair de lune.

Elle semble songer, refléter aux destins
Son onde inaltérée, discrète et opportune,
Silencieusement, glissant près des plantains.
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AU CŒUR D’UN RITUEL

Dès l’aube safranée, au calme de l’automne,
Quand la flore s’éveille au deuil de l’horizon,
Quand la feuille caduque enrobe le gazon
Mille reflets dorés, au climat qui frissonne,

Dotent le bois transi d’un vernis monotone.
Douce mélancolie qui chante l’oraison
Lorsque l’œil larmoyant, en l’arrière saison,
De la Nymphe éplorée doucement s’emprisonne

Dans un vague lointain, sous l’aquilon cruel...
Un virginal désir, noble et spirituel,
Ressuscite l’écho d’un luxe solitaire ;

Une valse d’amour au portail de mon coeur
Dans la béatitude, occulte et salutaire,
Sanctifie, en trois temps troublante candeur.
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LE ROI DE PIERRE

Sors de ton long sommeil, antique Roi de Pierre,
Toi qui as vu couler la rivière du temps ;
Offre donc aux Mortels ta pensée de lumière,
Un peu de ton Savoir pour calmer leur tourment.

Au seuil de ton Manoir, la magie séculière
S’infiltre au cœur des bois en un chant envoûtant,
Qui apaise l’esprit d’une aura familière,
Telle une ombre obstinée qui veille et qui m’attend.

Dans ton Palais glacé nul rempart, ni cloison,
Mais un Œil sans regard qui s’ouvre à ma raison ;
Saurai-je en décrypter les délicats arcanes ?

Apprendrai-je, aujourd’hui, et sans contrevenir,
Quelque décèlement* en mes pensées profanes,
Perdues dans un passé dont dépend l’avenir.

* Révélation
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Date de dernière mise à jour : 2012-06-25 14:12:33

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