Sonnets 8ème partie

 

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Huveaune

 

 

L’ULTIME PARURE

La nature s’endort dans l’ultime parure
D’un habit de langueur, couleur d’or et carmin,
Tandis que l’aquilon emporte en son chemin
Les feuilles patinées, brûlées par sa morsure. 

Le manteau de l’automne affuble la nature
D’un chancelant décor au feuillage orphelin,
Où la métamorphose entérine un déclin
Dans le deuil de l’été : ô froide meurtrissure ! 

Dans le frimas du soir les rameaux frémissants
S’enveloppent, transis, sous les rets incessants
De l’hostile grandeur quand la vie s’ensommeille. 

J’entends à quelques pas, cachés par les sous-bois,
Les pleurs évanescents d’un cours d’eau qui réveille
Mes sens appesantis dans le jour qui décroît.

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L’HABILLAGE DU SOIR

Dans les ocres d’or fin brûlés par Hélianthe,
Quand la chaleur du soir s’épuise au firmament,
Il sourd du fond des bois un son feutré charmant,
Source d’échos changeants, harmonie bienveillante. 

Il peut dans le vallon une essence attrayante
Qui fleure bon l’armoise et qui, coquettement,
Répand dans la forêt son parfum d’agrément :
Tout semble s’endormir d’une vie florissante. 

J’observe et je m’émeus devant tant de grandeur,
Silencieux d’extase en la douce tiédeur
Qui nimbe la nature et mes sens apaisés.  

C’est l’heure où s’énamoure au moment infini
L’habillage assombri en teints poétisés
Qu’une muse nomade a de son front béni.

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VÊPREE

Le soleil déclinant embrase l’horizon,
Tandis que les parfums, messages sélamiques,
Dans la tiédeur du soir répandent flegmatiques
Leurs arômes subtils parmi la frondaison.

Sous les denses rameaux, charme de la saison,
Un ruisseau musical, aux accents romantiques,
Diffuse l’harmonie de sons emblématiques,
Quand l’onde vient heurter les roches, son blason. 

Dès la vêprée mes pas, au tapis de verdure,
Me conduisent serein sous l’auguste parure
De la sylve obscurcie au décor alangui. 

Et mon cœur s’abandonne à la métamorphose
Des ombres, des couleurs qui, sous le ciel tiédi,
Donnent à la forêt son éclat grandiose.

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MATIN DE PRINTEMPS

Les gouttes de rosée, en perles cristallines,
Fardent chaque bourgeon d’un éclat vernissé ;
Aux troubles du matin bruissent dans les collines
Divers chants dont l’écho, finement dispersé, 

Imprime de son sceau les frondaisons alpines.
Dans l’immense bouquet de feuillage tressé,
Aux fraîcheurs de l’aurore un décor d’aubépines
Brode ses fins contours dans l’air pur dispensé.

La nature se vêt de ses ors bienveillants,
Exhibant des couleurs, des parfums sémillants,
Dès lors que le printemps de son ivresse grise.

Les trilles des oiseaux complimentent les bois, 
Dans les premiers rayons du soleil qui irise
Les tapis de verdure en son baiser courtois.

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LE VIEIL ARBRE

Quelques pleurs résineux refluaient sur l’écorce
En longues larmes d’ambre emperlant le vieux bois,
Dont l’arbre séculaire au temps laisse sa force,
Lui, roi de la forêt, mais dont l’âge a un poids. 

Dans sa sève songeant au déclin qui s’amorce,
Ses vétustes rameaux s’érigent dans le froid
D’un hiver perdurable où tant bien il s’efforce
De lutter quand le vent cause son désarroi. 

Paysage alangui sous un ciel de regrets
Quand l’indulgente lune, aux rayons indiscrets,
Dévoile sur l’humus le contour des fougères. 

La frondaison s’endort aux aquilons glacials,
Tandis que l’on entend dans les vertes clairières
Gémir quelques ramées, champêtres récitals.

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CONTRAINTE ET LIBERTE

Sonnet élisabéthain 

Depuis la nuit des temps le vélin patiné
Qui consigne au secret l'ouvrage des poètes,
Au souci d'enrichir un savoir ordonné,
Lustre leurs vers galants, leurs visions prophètes. 

La règle y certifie un luxe raffiné
Quand la contrainte impose aux formes bien concrètes,
Quelque délicatesse au mètre imaginé,
Pour ciseler la strophe au son de rimes nettes.

Mesures, mouvements, au flot de l'écriture,
D'une veine féconde assujettie à l'art,
Exprimeront l'idée, et aux mots la texture,
Pour que la poésie séduise le regard.

Rivaliser de foi et de tempérament,
Pour que le Verbe épouse aussi le sentiment.

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ETAT D’ÂME 

Mes pensées, mes desseins, toutes mes espérances
Embrassées à l’autel de mes convictions,
Donnent vie à mon cœur lorsque quelques errances
Nées dans un état d’âme y font diversion. 

O Seigneur, tes bontés dans mes intempérances
Causes de maints soucis, d’interrogations,
Parlent à ma raison en douces confidences,
Dissipent dans la foi d’insanes questions. 

Délivré des tourments, au serment exaucé
Ta providence apaise un credo menacé,
Comme au jour renaissant où s’éloigne le doute. 

Ainsi rasséréné de paix et de douceur,
Pieusement, Seigneur, mon angoisse dissoute
T’offre, reconnaissant, l’hommage à ta grandeur.

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UN INVISIBLE ARCHET... 

J'ai vu les pins, la nuit, prendre des bains de lune,
Dressant leurs troncs noueux aux ombres des forêts,
Qu'une larme d'étoile a poudré, opportune,
Limpide, au firmament, brillant de mille rais.

J'ai vu les fleurs rêver tout près de la lagune,
Leur corolle fermée gardant de fins secrets,
Au rythme des soupirs de la bonne fortune
Qui sème un voile vif d'équilibres discrets. 

L'air se mêle aux parfums venus de l'horizon,
Que caresse au silence un bienfait de saison,
Dans les tiédeurs baignées de paix ensorcelante.

 Dans mon âme l'écho d'un invisible archet,
Fait vibrer un son pur, mélodie rassurante,
Comme un sanglot d'amour ceint d'un divin cachet.

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 LES SIÈCLES ONT PASSÉ…  

Les siècles ont passé sur le vent de l’Histoire ;
Sentinelle des Temps, le Poète a gravé
Sur l’autel éternel sa poussière de gloire,
Qui essaime des vers que chaque âge a bravé.
 

Témoin de la pensée dont orne la mémoire
Du monde que, demain, son ouvrage achevé,
Confiera quelque trace, et qu’en un vieux grimoire,
Une poignée d’Elus aura encor rêvé. 
 

De ces mots bienveillants sortis de l’Autrefois,
Que ces preux découvreurs auront peine parfois
A faire refleurir aux pensées de lumière, 
 

Des grains de poésie, descendus de l’ailleurs,
Chanteront les accents d’une voix familière,
Délivrant un message où rimera Bonheur !

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 L’ART DE VIVRE

Au carpe diem du Temps et du sensualisme
Qui marque au sceau du jour l’art d’être et vivre heureux,
Mes pensées s’apparient aux sources du lyrisme
Où l’âge d’or du cœur s’invite en amoureux. 

Dans ce charme discret instruit de panthéisme,
De générosité aux accents savoureux,
Le chant rustique engendre un divin romantisme
Qui plaît à mon esprit, s’inscrit au langoureux.

Comme un zéphyr qui naît au berceau de la nuit,
Et qui étend son souffle aux ombres qu’il séduit,
J’en ressens la douceur paisible et salutaire.

Étrange impression d’un concerto muet,
Qu’un invisible orchestre inspire en prestataire
Au rituel de foi, complaisant menuet.

barre-echos-2.png L'HIVER

 Dans le froid matinal qui transit le feuillage,
Les cristaux de rosée sont des larmes d'argent.
Le bois entier frissonne et son maigre habillage
Aux geôles d'hiver brode un décor changeant. 

Sur la branche élancée, humide après l'orage,
Les fruits rouges du houx ont le lustre engageant ;
La mésange s'ébroue et lisse son plumage,
Juchée sur un ormeau... s'enfuit d'un vol plongeant.

Et dans le lamento alangui de l'hiver :
Mélopée qui s'étend au sous-bois découvert,
Tout paraît s'endormir dans une paix profonde.

 En cette lumineuse et mouvante vapeur
Que distille décembre et que la brume inonde,
L'immaculée poudreuse embellit la torpeur. barre-echos-2.pngÀ L’ORÉE DU BOCAGE

La morsure du froid qui blanchit le gazon
Sous les rythmes feutrés de la sylve endormie,
Tourmente en solitude, attriste la saison,
Prépare la nature à sa stricte alchimie.

Beauté silencieuse, austère frondaison,
Quand sous le bleu lotus coiffant cette eurythmie,
La forêt s’habillant d’un hibernal blason,
Dédie muette au ciel, sa physionomie.

Et j’arpente, furtif, au sein des rameaux frêles,
La rigide beauté d’harmonies fraternelles,
Etoilant mes regards, mon âme et puis mon cœur.

Sur la branche ténue à l’orée des bocages,
J’entends le chant plaintif du roitelet charmeur
Qui trille les accords d’euphoniques ramages.

barre-echos-2.pngPARANGON D’HARMONIE

Dans le rire argentin du cours d’eau qui ruisselle
Et se perd absorbé en ses profonds contours,
La forêt se complait de l’écho qu’ensorcelle
Les murmures feutrés des proches alentours.

Aimable solitude à l’aube qui chancelle
Dans le carmin du jour aux lueurs de velours,
La morsure du froid s’avère moins cruelle
En cédant son fardeau dans de tièdes parcours.

Parangon d’harmonie l’orient safrané
Irise les massifs d’un pigment mâtiné
De senteurs et d’éclats habillant la campagne.

Et dans le vermillon du soleil s’élevant,
L’alouette grisolle, en son chant accompagne
Le réveil langoureux d’un printemps émouvant.

barre-echos-2.pngDANS LA COMPLICITÉ

Combien je vous chéris, combien je vous admire
Bosquets dont les couleurs respirent le printemps ;
Verdure, fleurs, parfums au charme revêtant
Le lustre d'un tableau offert en point de mire.

Vers l'heure où le zéphyr vient en douceur s'inscrire
Dans un souffle éthéré aux appas de l'instant,
Sous les denses rameaux le silence est latent,
La substance du breuil paisiblement respire.

Je satisfais mes sens dans cette volupté
Qui verse en mes regards tant de complicité
Dans le sein verdoyant d'agrestes aquarelles.

La coronille en fleur et les massifs de thym
Saupoudrent le maquis de senteurs solennelles,
Déposant leur nectar jusqu'au jour qui s'éteint.

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LE MESSAGE DE L’AUBE

Pas un son ne troublait la beauté de l’instant,
L’aube brodant le ciel de lueurs écarlates,
Dans un agreste hommage aux couleurs revêtant
Leurs parements soyeux mâtinés d’aromates.

Et dans la profondeur sereine m’incitant
A confier mes sens aux pensées délicates
Couronnées d’agrément et d’un charme exaltant,
Je m’enfonce au sous-bois en des ferveurs béates.

Tandis que l’aurore perce la canopée,
Les premiers chants d’oiseaux, bien douce mélopée,
Inscrivent leur refrain aux tiédeurs du matin.

Succède à la rosée l’arôme de l’herbage
Qui répand son bouquet dans le bois Beaufortin,
Offrant à la nature un bien tendre message.

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PAYSAGES D’HIVER

Quand le regard se perd au bout de l’horizon
Sur les champs recouverts d’immaculée poudreuse,
La rosée, dans les bois, cristallise, soyeuse,
Ses paillettes d’argent flattant la frondaison.

Les frissons agressifs de l’austère saison
Que l’aquilon parcourt dans sa course frondeuse,
Tourmentent la forêt qui se fait colporteuse
De soupirs alanguis, bien plaintive oraison.

Et le vent continue de rouler son haleine
Qui s’étend sans écueil sur le gel de la plaine,
Sa morsure glissant vers les plus hauts sommets.

Bientôt, l’azur charmé de rêverie nocturne,
Au lamento du soir confiera ses secrets,
Versant dans l’éther pur sa brillance opportune.

barre-echos-2.pngOUBLIANCE

L’hiver qui a vaincu l’ultime résistance
Des rameaux orphelins de leur feuillage roux,
Aux bois pétrifiés inspire l’endurance
En présage à des jours sous un climat plus doux.

Dans l’air silencieux, propice à l’oubliance,
Quand s’invite le froid chargé de son courroux,
La nature endormie semble faire allégeance
Au deuil du pastoral dans la forêt de houx.

Le brame d’un grand cerf loin dans la frondaison
Rompt la tranquillité, s’estompe à l’horizon,
Tandis que la nuit monte en détirant son voile.

Et dans le breuil songeur, tel un divin soupir,
Sous l’œil énamouré d’une angélique étoile*,
Un vent léger s’infiltre et veille à s’y blottir.


* Vénus

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Date de dernière mise à jour : 2017-02-12 18:17:13

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