Poésies classiques 6ème partie

 

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REGARD INTÉRIEUR

Dans une beauté froide et nuit de pleine lune,
Décor silencieux qui dérobe aux regards
Les splendeurs endormies d’une paix opportune :
Que l’incommensurable arbore mille fards !

Sur les lèvres du lac qu’embrasse au crépuscule
Le souffle doux du vent léchant l’étendue d’eau,
Seule s’attarde encor la discrète noctule*,
Dont le ciel étoilé tient lieu de chapiteau.

 La sylve s’épaissit quand l’emportent les ombres
Déposant leur manteau qui couvre la forêt,
Fronçant d’étoffe roide et de nuances sombres,
Les troncs noueux et secs dans ce théâtre abstrait.

Le silence est total, la brise virginale
Répand mille senteurs tenaces du sous-bois,
Dont la robe d’humus, moulure vespérale,
Comme un tapis soyeux empanache l’endroit.

L’azur s’est constellé de points blancs coruscants :
Vitrail d’isolement qui observe la plaine,
Son cortège assoupi des arbres frissonnants,
Et que la canopée protège souveraine.

* Noctule : chauve-souris.

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UN LYRISME GALANT

La clairière charmée de lumière argentée,
Aux fraîcheurs de l’aurore émeut, près du bosquet,
Les fragiles bourgeons couronnant la futaie,
Tremblants au vent léger dans leur maintien coquet.

Le murmure feutré de l’eau dont l’étiage
Serpente et puis se perd aux profondeurs du breuil,
Flatte aux sons cristallins le troublant mariage
Des ombres, des couleurs qui en font tout l’orgueil.

Et par les longs chemins, quand fleurit chaque songe,
Dans l’heure ensommeillée aux parfums du vernal,
Un arôme musqué de l’humus se prolonge
Enrobant l’odorat, dans l’air frais matinal.

Glissent au firmament les nuages d’albâtre,
Se délitant dans l’air en mouchetant le ciel,
Portés par le zéphyr dont le souffle idolâtre
Les cimes crénelées, gercées d’un arc-en-ciel.

Entre les feuillaisons, sur un rameau flexible,
Se balance un pinson dont le chant séducteur,
Conquiert à la faveur d’une oreille sensible,
Le lyrisme galant dont il est colporteur.

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QU’IMPORTENT LES SOUCIS

Dans le bois parcouru aux frimas de l’hiver,
Quand gémit la feuillée sous les rayons couchants,
Un panache d’orgueil embourgeoise les champs,
Immaculé, soyeux, tout de blanc revêtu.

Et le déclin du jour occulte la lumière
Quand s’endorment les sons sous l’horizon carmin ;
Au loin, la cheminée d’une isolée chaumière,
Laisse échapper au ciel son voile de chagrin.

C’est l’heure où les oiseaux dans un ultime envol,
Se soustraient aux regards, s’enfoncent aux ramures
Des grands arbres frileux, dont les brunes parures
Offrent un doux refuge au plaisant rossignol.

Quelle étrange beauté lorsque la nuit conquise
La lune pâle au sein d’un éther étoilé,
Etend son regard froid, et sur l’humus tamise
Quelques rayons blafards d’un charme inégalé.

Qu’importent les soucis dans ces discrets moments
Où s’égare le rêve au breuil qui s’assoupit ;
Les yeux clos un instant, je m’octroie un répit,
Et cède au seul bonheur d’amènes sentiments.

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ORPHÉE

Ses chants étaient si beaux quand, armé de sa Lyre,
Orphée alla chercher Eurydice aux Enfers,
Qu’ils charmèrent les dieux, suffisant pour séduire
Hadès, divin gardien des sombres univers.

Inconsolable Orphée, poète musicien,
Qui reçut d’Apollon l’instrument à sept cordes,
Les Muses l’instruisant dans cet art ancien,
Pour que ses mélopées, douces miséricordes,

Enveloppent les sens d’un onirique accord.
Un bonheur idyllique et un amour sacré
Auprès de sa promise en unirent leur sort,
Jusqu’à ce jour fatal l’ayant désemparé…

Tandis qu’en l’herbe drue, et tout près de Tempé,
Eurydice courait entourée des sylphides,
Un serpent venimeux, au terrain escarpé,
La mordit et ferma ses yeux toujours languides.

Devant sa bien-aimée : terrassé, impuissant,
Bravant le morne effroi aux portes de la Parque,
Orphée, dans un élan d’amour bouleversant,
S’en vint trouver Hadès, inflexible monarque.

Sa musique éthérée, limpide et envoûtante,
Eut le don de charmer Perséphone et le Roi* ;
Il obtint leur faveur qui, bien que contraignante,
Lui rendait son aimée, ôtant son désarroi.

Et les deux amoureux savourèrent l’instant
D’être à nouveau ensemble, en partageant la joie
D’une hyménée où seul dans l’émoi exaltant,
Le destin obligeant leur dessinait la voie.

Ils suivirent ensemble un bien sombre trajet,
L’époux interprétant sur sa lyre enchantée,
Un émouvant concert de ferveur dont l’objet
Fait de souples accords grandissait la portée.

Mais parvenu au jour, oubliant le message
Qu’à l’autel des Enfers Hadès avait prôné,
N’entendant aucun bruit dans le dernière passage,
Orphée se retourna, réflexe infortuné,

Pour voir si Eurydice accompagnait ses pas…
Et il vit s’en aller son épouse adorée,
Dont le masque, soudain, poussé vers l’au-delà,
En un cri le quittait, par la nuit aspirée.

* Il s’agit d’Hadès, roi des Enfers.

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AU LOINTAIN VAPOREUX

Dans l’ourlet d’une vague ondulant, cristalline,
Se dispersant le soir au rempart d’un rocher,
L’eau se brise en écume et le soleil décline,
Empourprant l’horizon où il va se coucher.

Au lointain vaporeux, entre le ciel et l’onde,
Quelques frêles esquifs s’écartent sur les flots,
Voilures caressées dans une mer profonde
Sous le zéphyr subtil charmant quelques îlots.

Et des vers de douceur déferlent dans mon cœur,
Drapant d’humilité mes plus tendres pensées,
Dans la robe de nuit où résonne le chœur
De chants mystérieux, d’harmonies fiancées.

Mélancolique et doux rivage que charpente
Une eau inaltérée y creusant son berceau,
Pas très loin un poète y prête, déférente,
Une plume inspirée, lui imprégnant son sceau.

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SANNES EN LUBERON

Entre vigne et figuiers au cœur de la Provence,
Et sur le versant sud de l'altier Luberon,
Sannes déploie son charme au tableau que condense
Son harmonie de tons : un somptueux fleuron.

Son château a l'atout d'un distingué domaine,
Dont la très longue allée vers la propriété
Bordée de cerisiers, d'iris bleus nous amène
Vers des jardins pourvus de sensualité.

Fontaines et bassins en ornent les motifs,
Parmi de grands vergers conçus à l'italienne,
Entourés d'oliviers, profus, décoratifs,
Pour qu'aux regards troublés le charme se souvienne.

Fêtes, foires, marchés et nombreux festivals,
Au pays d'Aigues ont des atouts de lumière,
Parmi les champs de blé et sous le récital
Des cigales chantant dans ce grand sanctuaire.

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HÉRAUT D'UN MONDE EN VERS

J'ai voyagé au temps, courtisant les époques,
Glissant mes ans au gré d'un éternel printemps ;
Héraut d'un monde en vers et des âges baroques,
Où l'écho poétique était durable chant.

J'ai recueilli au sens de mes pèlerinages,
Les souffles de pensée au jugement du coeur ;
Engrangeant le passé, celui de tous les âges,
Des ouvriers du vers dont le mot sort vainqueur.

Si j'ai apprivoisé de fuyantes images,
Des mythes expirant dans un enchantement,
Aux sentiments captifs de révolus rivages,
L'Autrefois me courtise en son chuchotement.

Dans la complicité de douces concordances,
Qu'ont prôné ces vieux lais de probe vérité,
En quête d'unité, dans mes réminiscences,
J'illumine ma plume à l'influx hérité.

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VIRGILE AURAIT AIMÉ...

Quand, dès le point du jour, doucement embrassés
Par les frémissements d'Éole en la ramée,
Mille lis et œillets, au printemps fiancés,
Tout se fait litanie à l'aurore entamée.

Virgile aurait aimé en ces layons épars,
Au soleil safrané louer la providence ;
Courtiser le bonheur et flatter ses regards
À l'aura de la sylve et de son pur silence.

Rien de plus beau et doux, aux peintures sans fards,
Près de l'eau qui murmure à l'amène étiage,
Quand sous l'ombrage frais des imposants fayards*,
La nature se meut, égayant son feuillage.

Rustique liberté nourrie d'un lit d'amour,
Sous le calme instauré quand la nuit se dérobe,
Que les larmes du jour dévoilent leur entour,
Et font chanter l'oiseau dès les lueurs de l'aube.

* Fayard = hêtre.

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L’ABBAYE DE BOSCODON

 

Dans un joli sous-bois pénétré de mélèzes,

Tout près de l’abbaye, splendeur de Boscodon,

Il m’a semblé saisir aux vétustes cimaises,

Dévotion, lumière, et puis aussi pardon.

 

Monument historique où la voûte romane

Dont le dépouillement demeure flamboyant,

Témoigne de l’audace où l’art sublime plane

Sur des proportions d’un concept clairvoyant.

 

Dans la simplicité du mystère divin

Que l’homme porte au cœur et au fond de lui-même,

Semblent monter des voix dans un calme serein :

Chœur de moines poignant qu’un cantabile sème.

 

Ni sculptures, vitraux, ni aucune peinture ;

Des formes seulement, au charme puritain,

Où filtre la lumière en unique parure,

Sous la voûte affrontant le temps et son destin.

 

Dans l’écrin forestier j’ai poursuivi ma route,

Sous les sentiers boisés, tépides, imposants :

Paysages de faste où le regard s’envoûte

Au floristique attrait de sites reposants.

 

« La cascade de l’ours », par le « chemin des moines »,

M’invite à approcher les « portes de Morgon »

Qui se dressent au ciel, tandis qu’aux aigremoines,

Mes pas foulent leur nombre, éclatant parangon.

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VAUCLUSE EN COULEUR

A Lamartine, « le plus grand musicien de la poésie »

Salut décors chargés des Parfums de Provence,
Images envoûtant d’agrément les regards,
Salut vignobles qui, d’un lieu de providence,
Conviennent à mes sens, méritent mes égards.

Le soleil généreux qui embrase la treille
Dès le matin levé, y sème son corail,
Au milieu de l’air pur, sur la grappe vermeille,
Patrie du Luberon qui s’instruit du détail.

Ses villages perchés tout à flanc de colline,
Aux parures pastels bercées par la douceur,
Ses étals d’artisans, séduisante vitrine,
Sont témoins d’un décor coloré de splendeur.

Les jardins, les châteaux racontent leur histoire ;
Placettes ombragées au goût de paradis,
Et fontaines moussues sont un conservatoire
Où la terre et le ciel ont le même crédit.

Promeneur dans le temps, je me fais botaniste
Des arômes, des plants de beaux tinctoriaux,*
Dont Lourmarin fleuri dresse la longue liste,
Abritant en son sein tant d’attraits pastoraux.

* Plante tinctoriale : servant pour la teinture.

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ORACLES

Qu'importe que le vent froidisse mon visage ;
Qu'importe que la nuit me couvre en son manteau...
"Continue !" murmura l'étrange voix sans âge,
Au timbre bienveillant, surgie du boqueteau.

Qu'importe le chemin, peu me chaut la distance ;
Comme en un rituel qui a charmé mes sens,
Je sens pulser en moi cette douce immanence
Qui m'éclaire l'esprit d'offrande et puis d'encens.

Qu'importe si le rêve est plus que certitude,
Et nourrit ma raison au concept ponctuel,
Nul doute ne flétrit en son infinitude
Mes superbes pensers, chargés de cultuel.

Comme un feu bleu jailli, éclairant les nuages,
Enchantement tissé aux broderies du temps,
La chaleur m'enveloppe en d'apaisants présages :
Oracles peints d'amour aux tons réconfortants.

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DE LANGUIDES ÉMOIS…

 

J’ai écouté la nuit et lu dans les étoiles ;

J’ai respiré les sons murmurant leurs secrets ;

J’ai senti l’impalpable entouré de ses voiles,

Et j’ai vu, sans les voir, des symboles discrets.

 

Le calme ensorceleur quand les cieux s’angélisent,

Noyant d’ombre alentour les grands bois endormis,

En l’automne troublant dans les tons vaporisent

De languides émois sur mes regards soumis.

 

J’ai entendu le chant des Déesses de Parques ;

J’ai deviné l’extase aux confins sublimés ;

J’ai compris l’harmonie et j’ai perçu les marques

De souverains échos en mes sens exprimés.

 

Mes yeux vers l’empyrée, aux songes symboliques,

Enfleurissent mon cœur d’amènes voluptés,

Quand l’angélus du soir, aux timbres pathétiques,

Me ramène au présent… et loin des déités.

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RIEN N’EST PRES, RIEN N’EST LOIN

Poème didactique

Faut-il aller plus loin cueillir un nulle part,
Quand se suivent de près nos désirs, nos attentes ?
La vérité apprise est de loin un rempart ;
La vérité vécue, de plus près : ses charpentes.

Il faut scruter de près pour connaître les choses ;
Pour vraiment les aimer, observons-les de loin.
A quelque détails près, chacune à bien ses causes,
Et pour aller plus loin, cela vaut quelque soin.

« Qui veut voyager loin, ménage sa monture »,
Disait monsieur Racine, en ses discernements…
Rien n’est près, rien n’est loin, seule la conjoncture,
Quand tout est volonté, garde ses fondements.

Si l’habit est trop loin que pour faire le moine,
Par orgueil, bien souvent, de près il se défait,
Seul, le possible en soi  – et s’il demeure idoine,
Peut nous conduire loin, assez près d’un bienfait*.

Soyons près du bonheur, loin du renoncement ;
Analysons de près, tôt les problématiques ;
Le possible est en soi et, généralement,
Pas loin du nécessaire en ses vues heuristiques.**


* Dans le sens d’avantage.
** Selon la Doctrine de Pythagore.

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DANS LA TRANSE BACHIQUE

Dans la transe bachique auprès de Dionysos
Poètes, frères d’art, câlinons nos Ménades* ;
Portons, verres levés, comme au Temple d’Eros,
Un toast vers le tonneau célébrant nos rasades.

Le fils de Zeus, sans doute, en louerait notre geste,
Et dans chaque bouteille y mettrait du degré ;
Sans excès, toutefois, pour qu'il reste digeste,
Quand nos esprits devins goûteraient de bon gré.

Car de tous les abus dont on le rend coupable,
Le vin libérateur est l'ivresse des sens ;
Ne boire que de l'eau tout autour d'une table,
Noierait nos facultés et serait un non-sens.

Ami(e)s greffons nos plants de rosiers sur la vigne
Pour obtenir un cru de rosé naturel,
Savoureux, enivrant, et qu'une ode consigne
À l'autel de Bacchus notre effort culturel.


*Ménades => cortège des bacchantes entourant Dionysos.

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GOURMANDISE

La gourmandise enfance, objet de nos défauts,
Quoi qu’en pense la pierre issue des cathédrales,
Sur l’étal bien garni des péchés capitaux,
Se dévore des yeux, papilles triomphales.
Si Dieu est la fourchette, au diable est le couteau,
Leurs joutes se concluent en bouchées sans rivales.

Un bon coup de fourchette et la lame aussitôt
Dont l’effilé tranchant découpe dans la viande ;
Ah ! le plaisir gourmand devant un tel plateau,
Dont le palais friand accorde son offrande.

Un bon vin plein de feu pour réchauffer la gorge,
Au révérencieux célébrant le repas,
Voilà le petit plus où le plaisir se forge :
Manger pour déguster, en gourmet délicat.

L’appétit rétablit un joyeux équilibre ;
Si ma sobriété n’est celle d’un chameau,
Et si ma convoitise y demeure assez libre,
J’évalue, connaisseur, la saveur du morceau.

La langue en volupté, et papille séduite,
Courtise mon gosier, me chatouille au festin ;
Ah ! quel pays charmant la France qui abrite
Ce prestige, on le sait, si rarement atteint.

Ô doux instants d’amour, pour couronner le tout,
Quand ce Brie, bien coulant, se meut seul sous la cloche,
Dont la pâte crémeuse aux effluves, partout,
Sous mon nez éduqué  se répand, sans  reproche.

Aucun mot, mes amis, ne peut pour l’estomac,
Sublimer les saveurs d’une bonne cuisine ;
Car l’ivresse d’un met à cet anonymat
Qu’un seul bedon repu sait garder en sourdine.

Et à Noël Dieu sait que je deviens gourmand,
Surtout pour le dessert et les pâtisseries ;
Le plaisir de la table à ceci de charmant :
Son seul péché mignon vaut quelques calories !

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SOLITUDES ALPESTRES

Dans la grande vallée aux parures d’automne,
Serpente la rivière et son bruyant cours d’eau ;
Tandis que le gazon légèrement frissonne,
Parcouru d’un air froid, dommageable fardeau.

Lorsqu’au potron-jacquet s’illuminent les cimes
Que dardent les rayons d’un preux soleil naissant,
Chantent sur les sommets les échos légitimes
Engendrés par les vents soufflant sur leur versant.

La sauvage beauté des vallons alentours
N’a d’égale que l’onde, issue des sources pures,
Qui s’écoule en ruisseaux sur de bien longs parcours,
Dont les torrents gonflés en sculptent les veinures.

Sur les dômes lointains des contreforts alpins,
Les parois saupoudrées d’un filament neigeux,
D’où émergent les bois charpentés de sapins,
Abritent les chamois se livrant à leurs jeux.

Les glaciers souverains tapissent les grands crêts,
Emperlant le relief aux dehors pittoresques,
Quand d’énormes coulées, emportant leurs secrets,
Mêlent la démesure à des formes dantesques.

Le grande chape blanche, écrin de la beauté,
Diffuse ses cristaux, glorifiant le site,
Brillant, éblouissant dans l’authenticité,
Et dont l’enchantement s’accorde avec le mythe.

Aux rigueurs du climat, mêlé de solitude,
Pénétrant un décor naguère verdoyant,
Mon regard doux s’épart face à l’infinitude,
Et mes pensées s’en vont vers l’azur scintillant.

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TERRAMER

Les derniers chênes blancs mêlés aux sycomores
Préfigurent la cote et la fin du plateau ;
La ramée s’éclaircit et les plaintes sonores
Me parviennent au loin, tel un bruyant marteau…

L’air sent déjà l’iode, et l’océan du Nord,
Près des sauvages baies, envahissant la terre,
Fait subir ses embruns effleurant le rebord,
Tandis que l’aquilon, glacial et austère,

Sur l’anse découpée en sculpte les accores.
De gros rochers polis émergent des bas-fonds ;
Leur silhouette sombre offrant dès les aurores,
Une onirique image, otage des tréfonds.

Comme un cortège froid, au front proéminent,
La cohorte de pics, dans la vapeur bleuâtre,
Dresse son sédiment dans le vent permanant,
Tressant une ombre blanche en cet amphithéâtre.

Ô ces lentes traînées, éclipsant les étoiles
Quand les nuages d’albe, élégiaquement,
Font écran par instants, en étendant leurs voiles,
Poussés par le vent froid au sombre firmament.

Dans l’environnement qui avive les bruits,
Des vagues distribuent l’humide éclaboussure,
En de grands pleurs d’argent, sans cesse reconstruits…
Mon âme psalmodie dans un chant qui rassure.

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MATIN D’ÉTÉ

 

Aux bienfaisants rayons du soleil qui se lève,

Un matin de juillet quand rougit l’horizon,

Et que le ciel corail brode un décor de rêve,

Des nuances ténues courent sur le gazon.

 

Dans l’étreinte tépide, immobile caresse,

Enveloppant le jour naissant sur les jardins,

La brise qui murmure, à mon ouie adresse

Des chants de violon aux accents baladins.

 

La rosée argentée sur l’herbage s’emperle,

Et ses gouttes lustrées s’irisent de cristal,

Transpirant au degré qui s’élève et déferle,

Pour bientôt s’estomper sous le ciel virginal.

 

Quelques papillons blancs, sur les buissons d’épines,

Inaugurent déjà leur vol autour des fleurs,

Pressés de butiner aux riches étamines,

Quand l’azur répandra un peu plus ses chaleurs.

 

Au chant de l’alouette où la lumière dore

De belles visions qui savent m’émouvoir,

Avec idolâtrie mon regard se colore,

Et mon cœur est un flot de bonheur à pourvoir.

 

Les lys empanachés, les fines passeroses,

Et les coquelicots évacuent leur sommeil,

Dans un ballet discret de corolles écloses,

Aux pastels dont le charme a nul autre pareil.

 

Aux vapeurs du réveil la Nature fredonne ;

Les fils d’or du soleil flattent l’air ambiant ;

La naissance du jour, mirifique, galonne

D’une écharpe sacrée l’été dulcifiant.

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PARIS POÈME

Paris, quartier Latin, rendez-vous des poètes,
Loin des ors rutilants des larges boulevards ;
Repaire des cafés, d'innombrables guinguettes,
La foule déambule en des dehors musards.

Écrivains, chansonniers, aux nombreuses terrasses,
Rappellent ce vieux temps où escarpes, bourgeois,
Arpentaient verbe haut ces ruelles, ces places,
Quand Verlaine, distrait, y cherchait quelques joies.

Paris, quartier Latin où des vies de bohèmes
Égarées ont hanté ses bistrots saisissants,
Et dont les vieux pavés aux rues sont les emblèmes
D'époques révolues, aux parfums vieillissants.

Pieux phare où les arts ont pris leurs habitudes,
Microcosme d'un monde ou Degas et Manet
Y avaient leurs penchants au gré des turpitudes,
Il fleure un âge d'or... et le passé renaît.

Paris, quartier Latin, où sont tes Hydropathes,
Poètes qui chantaient le refrain des liqueurs ?
Aujourd'hui promeneur, dans mes pensées béates,
Seules des ombres fuient aux trottoirs colporteurs.


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PARIS POÈME (2)

Paris la nuit, Paris s'éveille et Paris vit ;
Un lieu magique en la "nuit blanche" où les poètes
Ont rendez-vous. Paris corrèle et tient pari
De rassembler et de chanter tous les esthètes.

Tout près du Panthéon, dans un cadre historique,
Et où résonne encore "Il pleure dans mon coeur",
Sur les pas de Verlaine il flotte l'authentique,
Dans ce quartier Latin qui fixa mon bonheur.

Venus d'un "Monde en vers" et de tous horizons,
Ayant choisi ce lieu où la mémoire entraîne
Chantres des mots rimés, amoureux des blasons,
Nous partageâmes un soir la "Maison de Verlaine".

Frères d'âme et de coeur, aux raisons du partage,
Dans l'Amitié sans faille où l'esprit s'agrandit
En générosité, tout à notre avantage,
Des liens furent scellés qu'aujourd'hui j'applaudis.

Conservons, compagnons, de ces moments fleuris,
Le sens et la valeur d'un noble privilège
D'avoir franchi, unis, tant de rapports nourris
À l'autel du bonheur que l'empathie agrège.

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PLAISIRS FLORAUX

Si chanter à cœur joie aux quatrains de poèmes
Qui conquièrent la vie, sentiments et amours,
L'apanage en demeure aux vers fluides, bohèmes,
Qui s’enfuient de la lyre, en charment les atours.

Comment ne sublimer cette grandeur humaine,
Cette perception que ne voit que le cœur,
Quand la dilection au lyrisme promène
Tant de ravissement, de tendresse et pudeur.

Merci douceur des mots, au nom de notre Muse,
Pour ces vers de fraîcheur exprimant la gaieté,
Où le Verbe sourit, chaque strophe s'amuse,
S'illumine au logis de la sérénité.

C’est peindre aux concetti des tableaux par la plume,
Qu’habiller de Magie l'accord d’alexandrins ;  
Y ajouter l’humeur que la grâce parfume
Dans l'inspiration de fascinants refrains.

Seule la poésie donne corps et volume
D'un glissement de mots aux effusions du cœur ;
Et invite languide à l’encre qui parfume
D’un rayon intuitif le vers qui sort vainqueur.

Le Dieu Pan s'associe à la féale Muse
Dans un heureux partage et de foi et de paix ;
Dispensant la douceur que la rime diffuse,
Aux richesses de l’art, en un profond respect.

Quel heureux florilège et riche architecture
Lorsque chacun des vers fixe l'émotion ;
L'excellence de plume est bonheur qui procure
Des mètres envoûtants : pure perfection !

Quand la précision se vêt de son costume  
Et atteint des sommets, magnifiant les mots ;
Chaque sens est séduit, de beauté s’accoutume
Au rythme et au lyrisme , en tisse les rameaux.

Poésie qui bouscule aux idées toutes faites,
Le don de révéler nos intimes propos,
Quel bonheur d’exprimer aux pensées satisfaites,
Nos si chers sentiments dans ces plaisirs floraux.


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BILLEZZA NATURALI

(BEAUTE NATURELLE)

Ecrin harmonieux de sommets granitiques
Et compromis parfait de massifs forestiers,
Le pays d’Ajaccio offre ses vues uniques :
Lieu de sérénité et de charmes côtiers.

Sous le voile d’azur des Îles sanguinaires,
Le pourpre des rochers, sauvage et saisissant,
Cueille l’éternité aux échos légendaires
Confessant leurs rumeurs dans un ciel languissant.

Le firmament carmin qui drape l’horizon
Dévoile ses atours de quiétude infinie,
Lorsque fleurit le soir dans l’arrière-saison
Modulant le relief d’une exquise harmonie.

Sur l’Île de Beauté le concret, l’historique
Invitent volontiers l’imaginaire aussi,
A courtiser le mythe, épouser l’homérique,
Religieusement dire à son sol : merci !

Ô poème du cœur sur des flots d’émeraude,
Corse, tu resplendis d’un silence éthéré,
Tes rivages fleurant une ambiance chaude
Chantant « a cappella » un refrain inspiré.

La vallée de l’Agnone, imposante et coquette,
Abrite un des hauts-lieux près de Vizzanova ;
Son attrait séculaire y envoûte l’esthète
Découvrant des bassins à l’apprêt délicat.

Cascades argentées dont les eaux cristallines
Parcourent la forêt de pins laricio,
De chênes verts, de houx et d’essences alpines
Quand le Monte d’Oro constitue le joyau.

J’emporte en mes pensées un bouquet d’onirisme
Qui embrase mon cœur ému de pèlerin ;
Demeureront en moi ces îlots de lyrisme
Comme un soleil couchant baigné par l’air marin.

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MARSEILLE LA REBELLE

Parler, chanter et vivre avé l’assent, pardi,
Souffle de liberté, de joie tonique et tendre,
Voilà le rituel qu’un phocéen ourdit
Dès son lever du lit, baume au cœur à revendre.

C'est cela qu'on choisit du côté de Marseille,
Passeport quotidien d'une langue où les mots
Fleurent la pasquinade et où l'on s'émerveille
Autour d'un pastaga à tous les apéros !

Mais beau parleur aussi, en règle générale,
Le verbe gouailleur le geste à l’avenant,
Sous un cagnard torride on rigole ou on râle
Quand on est entre amis : tout devient rayonnant !

Du quartier du Panier à la Belle de Mai,
En passant par le Port jusqu'à la Pointe rouge,
On flâne, on prend son temps et l’on ne voit jamais
Quiconque se presser : tranquillement « on bouge ».

Jamais s’escagasser*, Corses et Marseillais
En savent un bon bout, en ont fait leur devise ;
Ils son balès*, boudie* ! sous les pins en juillet,
Pour l’assoupissement : la sieste en gourmandise.

Nous gardons nos « efforts » surtout pour la pétanque
Qui donne les boules et aussi de la voix,
Si par quelque malchance on tire et qu’on la manque,
Fan de chichourle*, là, ça s’entend, ça se voit !

Vous l’aurez bien compris personne ne s’agite,
C’est la philosophie : ne pas se fatiguer,
Pour qu’en fin de journée le bien-être s’invite,
Avant de se coucher et aux rêver : fuguer !
____________

*
s'escagasser : s'épuiser, se démener.
* Balès : être fort.
* Boudie : interjection signifiant "Boun Dieù" (Bon Dieu).

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MATIN D’ÉTÉ

Aux bienfaisants rayons du soleil qui se lève,
Un matin de juillet quand rougit l’horizon,
Et que le ciel corail brode un décor de rêve,
Des nuances ténues courent sur le gazon.

Dans l’étreinte tépide*, immobile caresse,
Enveloppant le jour naissant sur les jardins,
La brise qui murmure, à mon ouie adresse
Des chants de violon aux accents baladins.

La rosée argentée sur l’herbage s’emperle,
Et ses gouttes lustrées s’irisent de cristal,
Transpirant au degré qui s’élève et déferle,
Pour bientôt s’estomper sous le ciel virginal.

Quelques papillons blancs, sur les buissons d’épines,
Inaugurent déjà leur vol autour des fleurs,
Pressés de butiner aux riches étamines,
Quand l’azur répandra un peu plus ses chaleurs.

Au chant de l’alouette où la lumière dore
De belles visions qui savent m’émouvoir,
Avec idolâtrie mon regard se colore,
Et mon cœur est un flot de bonheur à pourvoir.

Les lys empanachés, les fines passeroses,
Et les coquelicots évacuent leur sommeil,
Dans un ballet discret de corolles écloses,
Aux pastels dont le charme a nul autre pareil.

Aux vapeurs du réveil la Nature fredonne ;
Les fils d’or du soleil flattent l’air ambiant ;
La naissance du jour, mirifique, galonne
D’une écharpe sacrée l’été dulcifiant.

* Température tiède

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AUX SOURCES DE L’HUVEAUNE

Sainte Baume joyau de la Provence verte,
Dont l’Huveaune a sa source auprès de Nans les Pins,
Tombant de vasque en vasque, arborant tous les teints,
Au tunnel de verdure, ornant sa découverte.

Sur un fond d’émeraude où ondulent ses eaux,
En l’écho persistant de légendes lointaines,
Les marches de calcaire, en leurs nombreux niveaux,
Glissent vers la vallée aux berges souveraines.

Ici, papes et rois ou simples pèlerins,
Ont emprunté, jadis, sous les ifs et les hêtres,
Un long chemin de croix au pied des romarins,
Pour aller invoquer leurs croyances champêtres.

Aux roches du massif s’offre l’illustre grotte
Où Marie Madeleine y vint en grand secret…
Et le "chemin des Roys", de légende dévote,
Conduit le visiteur en ce naos discret.

Qu’il est beau ce haut lieu dont le Pic de Bertagne
Domine la garrigue et la dense forêt,
Tandis que la vallée radieuse accompagne
Son fleuve pastoral de l’ubac à l’adret.

Dans le vert des sous-bois où coule l’eau turquoise,
Et dont le clapotis devient spirituel,
Le chant du rossignol est mélodie courtoise,
Romance inaltérée, fleurant le rituel.


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Date de dernière mise à jour : 2017-04-17 12:31:21

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